Manuel Valls, directeur de la communication de François Hollande, était l'invité de France Info le 20 février. Il est revenu sur le début de campagne de Nicolas Sarkozy, "une mauvaise répétition" de celle de 2007, et sur les propositions de François Hollande, soulignant leur constance.
RAPHAËLLE DUCHEMIN
Dites-moi, est-ce que vous comptez laisser Nicolas SARKOZY taper longtemps sur François HOLLANDE sans réagir, ou est-ce qu’il y a réellement une stratégie d’évitement, en ce moment, au Parti socialiste ?
MANUEL VALLS
Il ne faut pas laisser Nicolas SARKOZY abaisser le niveau du débat, et abaisser le niveau, donc, de la France, d’une certaine manière. Lui qui a tellement parlé de la France. Donc il faut répondre, mais il faut d’abord s’adresser aux Français. Vous savez, dans ce moment où nos compatriotes subissent la crise économique, la réalité de cette crise, avec des millions de chômeurs, de précaires, de mal logés, François HOLLANDE, qui veut rassembler les Français, qui veut offrir une perspective à notre pays, qui incarne le changement, veut être digne, à la hauteur de cette attente.
RAPHAËLLE DUCHEMIN
Ça signifie qu’à aucun moment on sort les gants de boxe finalement ?
MANUEL VALLS
Ce qui me frappe moi c’est que, le candidat entrant, celui qui est candidat pour la première fois, François HOLLANDE, a un comportement de chef d’Etat. Quant à Nicolas SARKOZY il a un comportement de chef de clan. Moi j’ai été marqué par un discours que j’ai trouvé, au fond, celui d’une vieille droite, rance, étroite, mesquine, expliquant que la gauche n’aimait pas la France. Mais, de quel droit, qui est-il, pour dire cela, que nous n’aimerions pas la France ? Mais de quel droit peut-il dire cela alors que lui, en permanence, stigmatise, désigne, les chômeurs, les fonctionnaires, les élus, les corps intermédiaires, bref, les Français. Pour aimer la France il faut aimer les Français, et Nicolas SARKOZY n’aime pas les Français.
RAPHAËLLE DUCHEMIN
Mais est-ce qu’aujourd’hui, Manuel VALLS, ce n’est pas lui qui fait une fois de plus la campagne comme il l’a déjà fait en 2007 ? On a vu qu’il faisait, souvent, à l’époque, émerger les idées, là on a exactement la même impression, alors certes avec des idées parfois qui sont recyclées..
... la proportionnelle.
MANUEL VALLS
Vous avez raison. On a le sentiment, effectivement, d’une mauvaise répétition de 2007, mais, nous sommes dans un autre moment, encore une fois marqué par la crise et par la crainte de l’avenir. Une campagne électorale c’est un moment de vérité, de dignité, c’est un moment très important pour les Français qui ont a à choisir le chef de l’Etat, le prochain président de la République.
Ce sont les mêmes.
RAPHAËLLE DUCHEMIN
MANUEL VALLS
Mais est-ce que les idées de François HOLLANDE sont audibles ?
Mais bien évidemment, et précisément, cette volonté de redresser le pays, son industrie, son économie, ses finances publiques, sa morale publique, de faire de la lutte contre le chômage, du pouvoir d’achat, de la jeunesse, les grandes priorités. C’est le seul qui aujourd’hui va devant les Français avec 60 engagements. Ça se discute, on peut être d’accord ou pas, mais il y va avec un projet, avec des propositions. Quelles sont les propositions de Nicolas SARKOZY hier ? T out de même... la proportionnelle ? Mais c’est exactement le même discours qu’il a tenu, votre antenne l’a passé ce matin...
RAPHAËLLE DUCHEMIN
Mais, vous y êtes favorable ?
MANUEL VALLS
Mais, ça a toujours été la proposition des socialistes. François HOLLANDE l’a toujours dit, et il est favorable à l’introduction d’une dose de proportionnelle, mais Nicolas SARKOZY il l’avait déjà proposé, avec les mêmes accents, entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2007. Il propose de réduire le nombre de parlementaires, mais, on croit rêver, c’est lui qui il y a 4 ans a inscrit, dans la constitution, dans le marbre comme on dit, le nombre de parlementaires, et donc, notamment, le nombre de députés. Il faudrait changer, désormais, la constitution, pour baisser le nombre de députés. Il est là le mensonge. Et pour ça, ça ne passe plus, au fond cette violence dans le discours de Nicolas SARKOZY c’est un signe de panique.
RAPHAËLLE DUCHEMIN
Alors, il y a son bilan à défendre, il y a aussi les nouvelles propositions éventuelles qu’il pourrait faire. Est-ce que finalement vous n’êtes pas en difficulté au Parti socialiste, puisque vous avez déjà tout dit avec les 60 propositions de François HOLLANDE ? Comment est-ce que vous allez faire pour contrer l’offensive médiatique, notamment, de Nicolas SARKOZY ?
MANUEL VALLS
Mais une campagne électorale ce n’est pas un feu d’artifice permanent, ce n’est pas une nouvelle par jour, c’est un moment, je vous le disais...
RAPHAËLLE DUCHEMIN
C’est aussi une occupation de terrain.
MANUEL VALLS
Important, de pédagogie. Vous pensez que François HOLLANDE n’occupe pas le terrain ? Il était présent en Corrèze vendredi, en Creuse, à travers une formidable réunion publique à Guéret, hier sur les marchés parisiens, et ça sera ainsi toute cette semaine, je l’accueillerai à Evry mercredi. C’est cette occupation du terrain que les Français souhaitent, ce rapport direct avec les candidats, pas cette volonté de démolir en permanence, mais qui ne passe plus. C’est des vieux coups de la communication. Il veut être moderne Nicolas SARKOZY, mais c’est déjà ancien, c’est vieux, c’est rance, c’est une droite qui n’a pas compris que le monde a changé, que la société française a envie d’espérer, a envie de saisir la crise économique comme une opportunité pour changer, mais elle a envie de justice surtout, et Nicolas SARKOZY, « le candidat du peuple » dit-il, mais enfin, là aussi... celui qui a commencé avec le Fouquet’s, dont la campagne et les activités ont été financées par le Club du Bristol, et qui aujourd’hui se livre, semble-t-il, selon la presse, à des mécanos à la tête de VEOLIA, avec l’appui de son agent électoral le patron d’EDF, monsieur PROGLIO, pour, semble-t-il, là encore ce sont des informations selon la presse, y installer monsieur BORLOO, et on comprendrait mieux pourquoi celui-ci...
RAPHAËLLE DUCHEMIN
Oui, ça reste à confirmer...
MANUEL VALLS
Ça reste à démontrer, mais c’est bien le signe que ce quinquennat a commencé au Fouquet’s et qu’il se termine à Kléber, là où il y a le siège de VEOLIA. Ça suffit. Ce n’est plus possible d’avoir une confiscation du pouvoir et du pouvoir financier par Nicolas SARKOZY et ses amis.
RAPHAËLLE DUCHEMIN
Manuel VALLS, vous parliez de la crise, économique notamment. On a vu que ce matin les salariés de Florange, une partie des salariés en tout cas, se rendaient à la direction du site en Moselle pour occuper les locaux. Est-ce que vous allez aller les voir, est-ce que vous allez leur faire des propositions? On a vu qu’ils attendaient des choses du gouvernement, mais pas que.
MANUEL VALLS
Bien sûr. François HOLLANDE les avait rencontrés à Bruxelles, précisément, pour trouver à ce niveau-là des solutions, il s’y rendra sans doute de nouveau. Aurélie FILIPPETTI, leur députée, est présente avec eux, ces salariés de Florange et de Gandrange, à qui Nicolas SARKOZY avait dit, les yeux dans les yeux, qu’il sauverait leur outil de travail, leur emploi, encore un mensonge. Et au fond, ce dossier de Florange et de Gandrange s’invite dans la campagne, une nouvelle fois malheureusement.
RAPHAËLLE DUCHEMIN
Mais ils disent on sent les politiques un peu timorés.
MANUEL VALLS
Non, vous trouverez là les propositions de François HOLLANDE dans le « pacte productif », ce n’est pas un dossier facile, François HOLLANDE ne s’engage jamais dans des promesses qu’il ne peut pas tenir, mais il sera aux côtés de ces salariés pour trouver une solution.
RAPHAËLLE DUCHEMIN
Le prochain temps fort Manuel VALLS, pour François HOLLANDE, c’est quoi ? La sortie de son livre cette semaine, jeudi ? Il va se livrer, est- ce qu’on va apprendre des choses sur le candidat, sur l’homme ?
MANUEL VALLS
Vous savez, dans cette campagne, encore une fois, il y aura évidemment beaucoup de temps forts, c’est le cas avec ce livre, des émissions, des rassemblements, mais c’est une histoire, c’est une rencontre, qui se construisent entre François HOLLANDE et les Français. Et ce que les Français veulent savoir, c’est où va le pays. Il n’y a plus de cap avec Nicolas SARKOZY. Et ce chemin, là, c’est bien celui que François HOLLANDE indique.
RAPHAËLLE DUCHEMIN
D’un mot. On a vu la semaine dernière beaucoup de retraits, je pense à Christine BOUTIN, je pense à Hervé MORIN, il y avait eu aussi précédemment celui de Jean-Pierre CHEVENEMENT. Est-ce que vous avez des tractations en cours avec lui pour éventuellement un ralliement ?
MANUEL VALLS
C’est à lui de décider, il n’y a pas de tractation. C’est une élection présidentielle. Mais le rassemblement de la gauche, oui, il est nécessaire. Il est nécessaire, c’est pour cela aussi que François HOLLANDE doit être le plus haut possible au premier tour, pour assembler et pour gagner au second.
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