vendredi 28 octobre 2011

Jean-Marc Ayrault a répondu aux questions de Hervé Nathan dans un entretien pour Marianne2.fr


Pour Jean-Marc Ayrault, le problème de l’Europe n’est pas juridique, il est politique. « Tant qu’il n’y a pas de volonté de se battre ensemble, on stagnera », dit-il. Aussi le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale appelle-t-il à un autre dialogue avec l'Allemagne, qu'engagerait François Hollande s'il est élu en 2012, pour bâtir une « Europe de combat ». 

Marianne 2 : A l’occasion des négociations sur un nouveau plan européen, on constate que la France s’aligne sur les positions allemandes… Jean-Marc Ayrault : Il faut faire attention aux mots. La solution française de renforcer la force de frappe du FESF en le transformant en une sorte de banque qui aurait pu faire appel à la BCE, se rapprochait de nos propositions. L’Allemagne n’en voulait pas ce qui a conduit à un nouvel accord a minima. Selon moi, c’est le résultat de la faiblesse conjuguée des deux leaders. Nicolas Sarkozy est affaibli par sa gestion et par les dettes qu’il a semées, ce qui le met à la remorque de Mme Merkel. Mais Angela Merkel n’est pas non plus la « Chancelière de fer ». Elle perd toutes les élections et doit composer avec une majorité parlementaire où se côtoient des souverainistes de la CSU (chrétiens-sociaux), les libéraux et des européens convaincus. Les socialistes comptent beaucoup, en cas d’arrivée au pouvoir, sur un autre dialogue avec l’Allemagne. Qu’est-ce qui vous permet d’être optimiste, de penser qu'Angela Merkel écoutera davantage François Hollande que Nicolas Sarkozy ? La victoire de François Hollande en mai 2012 lui donnera la légitimité politique qui permettra de reprendre le dialogue sur d’autres bases avec Angela Merkel. D’un côté, il faut remettre de l’ordre dans nos affaires, comme l’a fait l’Allemagne. De l’autre, nous voulons une « Europe de combat » qui cesse de plier l’échine devant les marchés et se dote des moyens politiques pour défendre ses intérêts. Ce débat existe en Allemagne. Les sociaux-démocrates et les Verts défendent plus fermement qu’auparavant une orientation pro-européenne. Les sociaux-démocrates se sont interrogés sur leur défaite, sur la désaffection du vote ouvrier à leur égard. D’une certaine manière, ils se sont rapprochés de nous. François Hollande est invité début décembre à parler devant le congrès du SPD. Ce sera l’occasion de proposer publiquement aux Allemands et aux Européens une autre voie qu’il a commencée à ébaucher en Espagne avec les leaders progressistes européens. Mais le nouveau cadre européen est déjà s’inscrit dans les institutions. Les budgets nationaux devront être approuvés a priori par l’Union européenne, ils devront aussi afficher une trajectoire de désendettement, année après année, donc de l’austérité. Vous allez être pris dans un carcan… Le cadre européen, nous le connaissons. Mais si nous nous sommes engagés à ramener le déficit sous les 3% du PIB en 2013, c’est d’abord parce que laisser filer la dette, c’est perdre notre souveraineté politique. Le problème, c’est que l’austérité généralisée en France et en Europe y conduit tout droit. On ne peut pas casser la spirale de la dette publique sans une stratégie de croissance. Dans ce qui se discute à Bruxelles, on voit le premier élément, pas le second. Je vois qu’on parle d’un nouveau traité, avec de nouvelles règles contraignantes. Le problème de l’Europe n’est pas juridique, il est politique. Tant qu’il n’y a pas de volonté de se battre ensemble, on stagnera. Je sais que la marge de manœuvre est étroite, mais c’est dans l’épreuve que se forgent les grands ensembles. 
 Retrouvez cet article sur Marianne2.fr

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire