François Hollande est intervenu à la suite de l'intervention de Sabrina Goldman, secrétaire générale du club Droit, Justice et Sécurités, organisateur de ce débat sur le thème de la Justice au théatre Dejazet à Paris.Seul le prononcé fait foi
Mesdames, Messieurs,
Je tiens d’abord à remercier le Club Droit, Justice et Sécurité pour son invitation. Mais je sens la pression ! Pression légitime, pression démocratique – mais, tout de même, quelle attente ! Quelle exigence !
Je veux d’abord saluer les personnalités pour lesquelles j’ai grand respect et qui ont servi la République – et de quelle façon ! – Elisabeth Guigou, Pierre Joxe. Et je veux aussi remercier les intervenants pour la qualité de leur rapport, qui me crée autant d’obligations. Toutes ces propositions qui m’ont été présentées deviennent presque des injonctions. Et je les ai relevées.
Vous êtes, ici rassemblés, des professionnels du droit. Vous avez réuni vos réflexions dans un Manifeste pour la justice – rien que cela ! Elle en avait besoin, la justice. Mais je veux, au-delà de vous, m’adresser à la magistrature française, celle qui a été sans doute malmenée ces dernières années. Je veux dire à ces femmes, à ces hommes qui ont choisi une vocation exigeante, je veux dire à ces hommes et à ces femmes qui ont cru et qui croient encore aux idéaux de la République, qui sont convaincus qu’une offense se répare, qu’un crime se paie, que la loi se respecte et qu’elle est la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse, je veux leur dire d’avoir confiance : confiance dans la République, confiance dans les Français.
Ce rappel est d’autant plus nécessaire que la justice, pendant ces cinq ans et sans doute depuis davantage, a été affaiblie, appauvrie, pour ne pas dire déconsidérée. L’institution, d’abord, qui a été épuisée par des volte-face incessantes, au service d’une politique forcément illisible. La justice elle-même, qui a été désorganisée par une suite de lois, annoncées toujours dans des circonstances – celles de drames, de tragédie, de faits divers – et qui ont été votées sans la réflexion et la concertation indispensables. Dois-je ajouter que le Parquet a été considéré comme une administration et que les magistrats du Siège ont été à plusieurs reprises suspectés, pour ne pas dire mis en cause pour leur supposé laxisme ?
Tout cela n’a pas été sans conséquence. La confiance des Français dans la justice a reculé. Et ce malaise me préoccupe. Car si la justice n’est pas perçue comme juste, alors elle n’est plus la justice. Si les citoyens ne la considèrent plus comme un vrai pouvoir, alors il n’y a plus le respect attendu des institutions. Et si la justice est amoindrie, alors c’est la République qui est abîmée. Voilà où nous en sommes. Voilà, à la fin d’un quinquennat, le bilan qu’il faut dresser, la situation qu’il faut regarder en face.
C’est la raison pour laquelle j’ai mis la justice au cœur du projet républicain que je présente devant les Français.
La justice est un facteur de cohésion, d’égalité, d’unité. Je veux, aussi, dire que l’institution judiciaire sera renforcée durant le prochain quinquennat – enfin, si les Français font le choix que je leur présente. Et je veux le faire sans arrogance. Mais, néanmoins, avec confiance ! Et je vous remercie d’aller dans ce sens.
La réforme nécessaire devra être menée en concertation avec l’ensemble des professionnels du droit : les magistrats – auxquels je me suis adressé à l’instant –, les avocats, mais aussi les greffiers, les personnels pénitentiaires, les notaires, les huissiers, toutes les professions judiciaires qui œuvrent quotidiennement au fonctionnement de ce grand service public qu’est la justice.
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