mercredi 2 novembre 2011

Nicolas Sarkozy n'échappera pas à son bilan


Suite à l'intervention de Nicolas Sarkozy dans l'émission "Les Français face à la crise" du jeudi 27 octobre, François Hollande a répondu aux questions de David Revault d'Allonnes et Thomas Wieder pour Le Monde.
Pensez-vous que, jeudi 27 octobre, "la zone euro a trouvé une solution à sa crise", comme l'a affirmé Nicolas Sarkozy ?
La zone euro a évité le pire, mais l'accord trouvé à Bruxelles est partiel et insuffisant. Partiel car il ne comporte aucun progrès dans la gouvernance économique de la zone euro. Insuffisant parce que le fond de stabilité financière présente deux lacunes. La première est qu'il n'est pas adossé à la Banque centrale, ce qui était une revendication française que M. Sarkozy a abandonnée. La seconde est qu'il n'est pas doté de façon telle qu'il puisse protéger les pays les plus vulnérables contre d'autres secousses. Rien n'est réglé dans la durée.
M. Sarkozy n'est pas opposé à ce que la Chine contribue au sauvetage de la zone euro. Qu'en pensez-vous ?
Le contact que Nicolas Sarkozy a cru bon de prendre avec le président chinois, au lendemain de l'accord, en dit long sur la nouvelle dépendance de la zone euro. La Chine est désormais la maîtresse du jeu, de sorte que le sommet du G20 des 3 et 4 novembre, qui devait être le moment de vérité pour le yuan, va consacrer l'empire économique chinois.
Faut-il, comme l'a déclaré M. Sarkozy, davantage d'intégration dans la zone euro ?
Oui, à condition que cette intégration signifie une coordination des politiques économiques dans le sens de la croissance, une solidarité financière face à l'adversité et une politique volontariste en matière industrielle.
M. Sarkozy a expliqué que la Banque de France aurait un pouvoir de contrôle sur les banques recapitalisées. Cela doit vous satisfaire…
Jugeons M. Sarkozy sur pièces et non sur paroles. En 2009, lors du plan de sauvetage des banques, les prêts accordés par l'Etat n'ont été accompagnés d'aucune contrepartie, de sorte qu'en 2010 les rémunérations les plus hautes du secteur bancaire ont progressé de 45 %. Je ne vois pas pourquoi M. Sarkozy serait plus efficace aujourd'hui qu'hier.
La réduction des dépenses promue par Nicolas Sarkozy permettra-t-elle à la France de conserver son triple A ?
Notre triple A est sous surveillance. Tout dépendra des mesures prises d'ici la fin de l'année. Quoi qu'il en soit, si la note devait être dégradée, le président sortant en porterait la responsabilité.
La révision à 1 % du taux de croissance pour 2012 vous paraît-elle raisonnable ? 
C'est encore trop optimiste compte tenu des plans d'austérité qui s'accumulent dans la zone euro. Or je ne vois nulle part la moindre politique de croissance : l'investissement public est en diminution, le soutien à l'investissement privé est insuffisant, et les retombées du grand emprunt sont cosmétiques.
M. Sarkozy a exclu toute hausse généralisée de la TVA. Etes-vous d'accord ?
Je relève qu'il a laissé entendre qu'un taux intermédiaire pourrait être créé, ce qui introduirait une nouvelle complexité et une injustice supplémentaire dans un pays où 30 taxes nouvelles ont été instaurées depuis 2007. Cette fuite en avant fiscale tient davantage de l'improvisation qu'à une réforme sérieuse de nos prélèvements.
En matière de fiscalité, la France doit-elle se mettre au diapason de l'Allemagne, comme l'a suggéré le chef de l'Etat ?
Sur l'impôt sur les sociétés, oui : c'est d'ailleurs ce que je propose quand je dis qu'il faut moins imposer les PME et détaxer le bénéfice quand il est réinvesti et non redistribué aux actionnaires. En revanche, les structures de financement de la protection sociale sont très différentes, comme notre organisation territoriale. Et ce n'est pas la fiscalité qui explique que la France ait 75 milliards de déficit commercial en 2011 et l'Allemagne 150 milliards d'excédents. Ce n'est pas non plus à cause des 35 heures, mais à cause de l'abandon de toute politique industrielle depuis dix ans.

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